FAQ 1 – Quels modèles de collaboration entre hôpitaux et spécialistes des addictions existent en Suisse ?

Il n’existe pas un modèle unique, mais huit familles de dispositifs, aujourd’hui documentées dans le Panorama d’Hôpital & Addictions. Elles se distinguent par une question simple : qui se déplace vers qui, et à quel moment du parcours ? Synthèse établie à partir des 25 dispositifs recensés dans le Panorama. Plusieurs projets relèvent de deux ou trois familles à la fois : les modèles se combinent plus qu’ils ne s’excluent. Les huit modèles 1. La liaison addictologique : l’expertise se déplace vers le patient Une équipe ou un professionnel spécialisé en addictologie intervient dans les unités de soins et aux urgences, à la demande des équipes. Le patient n’a pas à se rendre dans un service spécialisé : c’est le principe d’aller le rencontrer là où il est. Selon les sites, la fonction est portée par un service médical, par un rôle infirmier avancé, ou par les deux. Trois variantes coexistent : la liaison médicale sur appel (les soignants contactent l’équipe, qui évalue et propose une prise en charge, y compris sur les traitements agonistes), le rôle infirmier spécialisé (évaluation individualisée du patient et formation des équipes) et la pratique infirmière avancée (accompagnement continu du patient et de ses proches jusqu’à la sortie, en lien avec les centres de traitement agoniste opioïde et les institutions résidentielles). Exemples en Suisse Liaison hospitalière du SMA-CHUV (VD) · Spécialistes cliniques en addictologie aux HUG (GE) · Infirmières de pratique avancée APN, Universitätsspital Basel (BS) Pertinent quand : les services somatiques et les urgences rencontrent des problématiques addictives qu’ils ne savent pas orienter. 2. La pair-aidance : l’expérience vécue intégrée à l’équipe L’hôpital salarie des personnes ayant une expérience vécue de l’addiction ou de la psychiatrie et les intègre aux équipes soignantes. Leurs missions se recoupent d’un site à l’autre : entretiens individuels, animation de groupes de rétablissement, travail de traduction entre les patients et l’équipe, conseil aux professionnels et participation au développement des offres. C’est le modèle le mieux représenté du Panorama, et le plus accessible : partout, il s’agit de taux partiels, souvent modestes au démarrage — de 20 % à 80 % selon les sites — avec un élargissement progressif du périmètre. Exemples en Suisse Spital Thurgau, Münsterlingen (TG) · ZAE des UPK Bâle (BS) · Zentrum Suchtpsychiatrie de l’UPD Berne (BE) · Klinik Pfäfers (SG) · Sanatorium Kilchberg (ZH) Pertinent quand : l’alliance thérapeutique est fragile et l’institution est prête à porter le rétablissement comme orientation, pas seulement comme prestation. 3. Le repérage et l’intervention brève : agir au moment de l’admission Plutôt que d’attendre un signalement, l’hôpital dépiste — soit systématiquement à l’aide d’instruments validés, soit sur un motif d’admission ciblé — puis délivre une intervention brève et oriente si nécessaire. Les urgences sont la porte d’entrée privilégiée, en particulier pour les intoxications alcooliques des jeunes. Trois montages différents sont documentés : le screening systématique avec instruments (Audit-C, CAGE) et équipe dédiée aux interventions brèves ; l’intervention brève standardisée aux urgences avec matériel créé pour l’occasion et triage selon l’âge ; le relais vers une association externe, avec transmission consentie des coordonnées et rappel du jeune la semaine suivante. Exemples en Suisse Screening alcool au Kantonsspital Münsterlingen (TG) · Intervention brève UKBB / USB / KSBL (BS-BL) · HFR et association REPER (FR) Pertinent quand : le volume de situations non repérées est élevé. À régler en amont : la procédure, la formation des équipes et le consentement en cas de transmission de données à un partenaire externe. 4. La liaison sociale : un travail social spécialisé apporté à l’hôpital Une institution spécialisée en addictions met des assistant·e·s social·e·s à disposition de l’hôpital, en complément — et non en remplacement — du service de liaison interne. Le périmètre est délimité : les situations où une problématique sociale complexe s’ajoute à l’addiction, que le service de liaison de l’hôpital ne maîtrise pas. L’argument est autant clinique qu’économique : répondre à des problématiques sociales qui compromettraient le projet de soins ambulatoires ou prolongeraient la durée de séjour. Le paramètre dimensionnant n’est pas un taux d’activité mais un délai de réponse garanti. Exemple en Suisse HFR et Fondation Le Tremplin (FR) — intervention garantie dans les 48 heures (jours ouvrables) sur l’ensemble des sites Pertinent quand : les situations sociales complexes bloquent les sorties d’hospitalisation. 5. Le case management : assurer la continuité après la sortie Un professionnel référent clarifie la situation, établit un plan d’aide et suit le cas dans le temps, en coordonnant les acteurs concernés. Le modèle se décline à deux échelles : un point de contact cantonal pour les situations complexes, ouvert aux hôpitaux comme aux cabinets, ou un dispositif interne à l’hôpital pour les patients dont les soins doivent se poursuivre après la sortie. Le levier structurel le plus intéressant se trouve dans la seconde variante : faire travailler les travailleurs sociaux hospitaliers également en ambulatoire, ce qui supprime la rupture au moment de la sortie plutôt que de la compenser. Exemples en Suisse Case Management de l’Abteilung Sucht, Bâle-Ville (BS) · Gestion intensive des cas (ICM) de l’UPD Berne (BE) Pertinent quand : les réhospitalisations et les ruptures de suivi après la sortie sont le problème principal. 6. La convention et le réseau intégré : formaliser l’échange de compétences Hôpital et institution spécialisée conventionnent leur collaboration, souvent de manière réciproque : du temps médical va vers les structures résidentielles, du temps socio-éducatif vient à l’hôpital. Les formes vont de l’accord léger — une consultation hebdomadaire sur site, une orientation mutuelle entre sevrage ambulatoire et stationnaire — au réseau à plusieurs partenaires partageant une évaluation uniformisée et des voies de traitement communes. C’est le modèle qui répond le mieux à une contrainte de territoire : un canton étendu, sans centre urbain ni centre de compétence en médecine des addictions, peut reconstituer par convention ce qu’il n’a pas en un seul lieu. Exemples en Suisse Convention Addiction Valais – Hôpital du Valais (VS) · Kantonsspital Baselland et Croix-Bleue / MUSUB, Liestal (BL) · KSSG et Croix-Bleue, sevrage alcoolique (SG-AI) · Integrierte Suchtbehandlung Aargau (AG) Pertinent quand : les compétences existent dans le canton mais sont dispersées entre institutions. 7. L’ouverture aux groupes d’entraide : mobiliser une ressource déjà disponible L’hôpital organise la

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