Il n’existe pas un modèle unique, mais huit familles de dispositifs, aujourd’hui documentées dans le Panorama d’Hôpital & Addictions. Elles se distinguent par une question simple : qui se déplace vers qui, et à quel moment du parcours ?
Synthèse établie à partir des 25 dispositifs recensés dans le Panorama. Plusieurs projets relèvent de deux ou trois familles à la fois : les modèles se combinent plus qu’ils ne s’excluent.
Les huit modèles
1. La liaison addictologique : l’expertise se déplace vers le patient
Une équipe ou un professionnel spécialisé en addictologie intervient dans les unités de soins et aux urgences, à la demande des équipes. Le patient n’a pas à se rendre dans un service spécialisé : c’est le principe d’aller le rencontrer là où il est. Selon les sites, la fonction est portée par un service médical, par un rôle infirmier avancé, ou par les deux.
Trois variantes coexistent : la liaison médicale sur appel (les soignants contactent l’équipe, qui évalue et propose une prise en charge, y compris sur les traitements agonistes), le rôle infirmier spécialisé (évaluation individualisée du patient et formation des équipes) et la pratique infirmière avancée (accompagnement continu du patient et de ses proches jusqu’à la sortie, en lien avec les centres de traitement agoniste opioïde et les institutions résidentielles).
Pertinent quand : les services somatiques et les urgences rencontrent des problématiques addictives qu’ils ne savent pas orienter.
2. La pair-aidance : l’expérience vécue intégrée à l’équipe
L’hôpital salarie des personnes ayant une expérience vécue de l’addiction ou de la psychiatrie et les intègre aux équipes soignantes. Leurs missions se recoupent d’un site à l’autre : entretiens individuels, animation de groupes de rétablissement, travail de traduction entre les patients et l’équipe, conseil aux professionnels et participation au développement des offres.
C’est le modèle le mieux représenté du Panorama, et le plus accessible : partout, il s’agit de taux partiels, souvent modestes au démarrage — de 20 % à 80 % selon les sites — avec un élargissement progressif du périmètre.
Pertinent quand : l’alliance thérapeutique est fragile et l’institution est prête à porter le rétablissement comme orientation, pas seulement comme prestation.
3. Le repérage et l’intervention brève : agir au moment de l’admission
Plutôt que d’attendre un signalement, l’hôpital dépiste — soit systématiquement à l’aide d’instruments validés, soit sur un motif d’admission ciblé — puis délivre une intervention brève et oriente si nécessaire. Les urgences sont la porte d’entrée privilégiée, en particulier pour les intoxications alcooliques des jeunes.
Trois montages différents sont documentés : le screening systématique avec instruments (Audit-C, CAGE) et équipe dédiée aux interventions brèves ; l’intervention brève standardisée aux urgences avec matériel créé pour l’occasion et triage selon l’âge ; le relais vers une association externe, avec transmission consentie des coordonnées et rappel du jeune la semaine suivante.
Pertinent quand : le volume de situations non repérées est élevé. À régler en amont : la procédure, la formation des équipes et le consentement en cas de transmission de données à un partenaire externe.
4. La liaison sociale : un travail social spécialisé apporté à l’hôpital
Une institution spécialisée en addictions met des assistant·e·s social·e·s à disposition de l’hôpital, en complément — et non en remplacement — du service de liaison interne. Le périmètre est délimité : les situations où une problématique sociale complexe s’ajoute à l’addiction, que le service de liaison de l’hôpital ne maîtrise pas.
L’argument est autant clinique qu’économique : répondre à des problématiques sociales qui compromettraient le projet de soins ambulatoires ou prolongeraient la durée de séjour. Le paramètre dimensionnant n’est pas un taux d’activité mais un délai de réponse garanti.
Pertinent quand : les situations sociales complexes bloquent les sorties d’hospitalisation.
5. Le case management : assurer la continuité après la sortie
Un professionnel référent clarifie la situation, établit un plan d’aide et suit le cas dans le temps, en coordonnant les acteurs concernés. Le modèle se décline à deux échelles : un point de contact cantonal pour les situations complexes, ouvert aux hôpitaux comme aux cabinets, ou un dispositif interne à l’hôpital pour les patients dont les soins doivent se poursuivre après la sortie.
Le levier structurel le plus intéressant se trouve dans la seconde variante : faire travailler les travailleurs sociaux hospitaliers également en ambulatoire, ce qui supprime la rupture au moment de la sortie plutôt que de la compenser.
Pertinent quand : les réhospitalisations et les ruptures de suivi après la sortie sont le problème principal.
6. La convention et le réseau intégré : formaliser l’échange de compétences
Hôpital et institution spécialisée conventionnent leur collaboration, souvent de manière réciproque : du temps médical va vers les structures résidentielles, du temps socio-éducatif vient à l’hôpital. Les formes vont de l’accord léger — une consultation hebdomadaire sur site, une orientation mutuelle entre sevrage ambulatoire et stationnaire — au réseau à plusieurs partenaires partageant une évaluation uniformisée et des voies de traitement communes.
C’est le modèle qui répond le mieux à une contrainte de territoire : un canton étendu, sans centre urbain ni centre de compétence en médecine des addictions, peut reconstituer par convention ce qu’il n’a pas en un seul lieu.
Pertinent quand : les compétences existent dans le canton mais sont dispersées entre institutions.
7. L’ouverture aux groupes d’entraide : mobiliser une ressource déjà disponible
L’hôpital organise la rencontre entre les patients, leurs proches et les groupes d’entraide autogérés — Alcooliques Anonymes, Narcotiques Anonymes et autres. C’est le modèle le moins coûteux en ressources propres, puisqu’il s’appuie sur une offre bénévole existante ; l’effort porte sur l’organisation, non sur la dotation.
Une démarche nationale en fournit le cadre : le projet « Compétence en matière de santé grâce à des hôpitaux favorables à l’entraide », porté par la Fondation Info-Entraide Suisse avec le soutien de Promotion Santé Suisse, distingue par un label les établissements remplissant six critères de qualité — dont la désignation d’une personne de contact avec un remplacement réglé, l’information des patients et des proches au bon moment, et un échange régulier avec le centre Info-Entraide régional. La mise en œuvre passe par l’antenne régionale.
Pertinent quand : la prévention de la rechute après la sortie est l’enjeu, et les moyens propres sont limités.
8. L’aller-vers : rejoindre les personnes que l’hôpital ne voit pas
Une équipe mobile va à la rencontre des personnes hors les murs — dans la rue, les cafés, les domiciles, les hébergements d’urgence — pour créer un lien avec celles qui ne se rendent pas, ou plus, dans les structures de soins. La pair-aidance y joue souvent un rôle central : l’expérience vécue est ce qui permet d’établir la confiance là où l’institution n’y parvient pas.
Deux configurations : une équipe rattachée à un service hospitalier, qui ramène les personnes vers sa propre consultation ambulatoire ; ou une équipe volontairement rattachée à aucune institution, qui travaille dans les espaces délaissés entre les dispositifs existants.
Pertinent quand : une population précarisée, isolée ou consommant une substance émergente échappe entièrement au dispositif de soins.
Choisir et se lancer
Comment choisir le modèle adapté à notre situation ?
Le point de départ n’est pas le modèle mais le problème observé. Les huit familles répondent à des difficultés distinctes :
| Le problème que vous constatez | Modèle à regarder |
|---|---|
| Nos services ne savent pas quoi faire des patients dépendants | Liaison addictologique |
| Beaucoup de situations passent inaperçues | Repérage et intervention brève |
| L’alliance avec les patients est fragile | Pair-aidance |
| Les situations sociales bloquent les sorties | Liaison sociale |
| Les suivis se rompent après l’hospitalisation | Case management |
| Les compétences du canton sont dispersées | Convention ou réseau intégré |
| Les rechutes après la sortie sont fréquentes | Ouverture à l’entraide |
| Une population entière échappe aux soins | Aller-vers |
Ces modèles se cumulent : plusieurs institutions du Panorama en conduisent deux ou trois simultanément.
Que retenir des expériences existantes avant de démarrer ?
Cinq constats reviennent d’un dispositif à l’autre :
- Le portage par la direction est déterminant : plusieurs dispositifs de pair-aidance sont nés d’une décision institutionnelle, pas d’une initiative de service.
- Commencer petit fonctionne. Un taux partiel sur une ou deux unités est la configuration de départ la plus courante ; l’extension vient ensuite, parfois plusieurs années après.
- La standardisation compte : procédures écrites, guide, lettres d’information, dépliants pour les proches, critères d’évaluation communs.
- Le mécanisme de déclenchement décide de la couverture. Sur signalement d’équipe, c’est simple à installer mais dépendant de la sensibilisation ; par dépistage systématique, la couverture est bien plus large mais suppose du temps soignant dédié.
- Le financement est le point faible. Les dispositifs stabilisés sont ceux inscrits dans un programme cantonal, un mandat de prestations ou une facturation à l’assurance obligatoire des soins ; les autres restent en recherche de fonds annuelle.
Où trouver le détail de ces dispositifs ?
Le Panorama présente une fiche par dispositif, filtrable par région, avec les institutions partenaires et les liens vers leurs pages. Il ne se veut pas exhaustif : il est alimenté par les contributions du terrain, et l’absence d’un dispositif ne signifie pas qu’il n’existe pas.
Votre institution conduit une collaboration qui n’y figure pas ? Signalez-la à info@hopital-addictions.ch ou via le formulaire de contact du site.
Note sur les sources. Cette synthèse s’appuie exclusivement sur les fiches publiées du Panorama. Ces fiches décrivent les dispositifs, leurs porteurs et parfois leur dotation, mais la plupart ne comportent ni données d’évaluation, ni budget, ni personne de contact nommée. Pour obtenir ces éléments, le plus direct est de contacter l’institution concernée ; les fiches renvoient vers ses pages.
Cette FAQ a été réalisée dans le cadre du projet Hôpital et Addictions. Elle fait partie d’une collection de FAQ destinée à faciliter la recherche rapide d’information de la part des professionnels.
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