R9d. Conséquences d’un manque de clarté de rôle : confusion, dérive et tension de rôle (SAMHSA 2023)
Définition préalable
La clarté de rôle est la compréhension précise par un employé de ses tâches, responsabilités, objectifs et attentes, ainsi que la manière dont son travail s’aligne avec ceux de l’équipe. Elle réduit les conflits, augmente la performance et l’engagement, et est essentielle pour une structure organisationnelle efficace.
Constat général et importance
- La clarté de rôle affecte significativement la satisfaction au travail des pairs. L’un des plus grands défis pour les pairs dans un milieu de traitement des TUS est le manque de clarté de rôle (page 29, Chapitre 2)
Réf. 205 : Du Plessis, C., Whitaker, L., & Hurley, J. (2020). Peer support workers in substance abuse treatment services: A systematic review of the literature. Journal of Substance Use, 25(3), 225–230.
- La double identité des pairs — à la fois personnes en rétablissement et prestataires de services — est une force, mais elle peut causer de la confusion quant à leurs rôles. De nombreux programmes n’ont pas le même niveau d’expérience pour intégrer des postes de pairs que pour des rôles traditionnels et bien définis comme ceux de conseillers et de psychiatres (page 132, Chapitre 5)
Réf. 567 : Eddie, D., Hoffman, L., Vilsaint, C., Abry, A., Bergman, B., Hoeppner, B., … Kelly, J. F. (2019). Lived experience in new models of care for substance use disorder: A systematic review of peer recovery support services and recovery coaching. Frontiers in Psychology, 10, 1052.
- Dans des sondages en milieu de travail, les pairs, les prestataires de traitement et le personnel administratif dans les milieux de santé comportementale disent fréquemment manquer de clarté sur les rôles des pairs (page 132, Chapitre 5)
Réf. 568 : Jack, H. E., Oller, D., Kelly, J., Magidson, J. F., & Wakeman, S. E. (2017). Addressing substance use disorder in primary care: The role, integration, and impact of recovery coaches. Substance Abuse, 39(3), 307–314.
Réf. 569 : Forbes, J., Swarbrick, P., Edwards, J. P., & Pratt, C. (2021). Perceptions of supervisors of peer support workers (PSW) in behavioral health: Results from a national survey. Community Mental Health Journal, 1–7.
Réf. 570 : Vandewalle, J., Debyser, B., Beeckman, D., Vandecasteele, T., Van Hecke, A., & Verhaeghe, S. (2016). Peer workers' perceptions and experiences of barriers to implementation of peer worker roles in mental health services: A literature review. International Journal of Nursing Studies, 60, 234–250.
- Le personnel non-pair rapporte qu’il a du mal à comprendre le rôle des pairs et comment les utiliser et les inclure au mieux (page 132, Chapitre 5)
Réf. 571 : Mancini, M. A. (2018). An exploration of factors that affect the implementation of peer support services in community mental health settings. Community Mental Health Journal, 54(2), 127–137.
- Les pairs trouvent souvent le manque de clarté frustrant (page 132, Chapitre 5)
Réf. 572 : Cabral, L., Strother, H., Muhr, K., Sefton, L., & Savageau, J. (2014). Clarifying the role of the mental health peer specialist in Massachusetts, USA: Insights from peer specialists, supervisors, and clients. Health and Social Care in the Community, 22(1), 104–112.
Réf. 573 : Walker, G., & Bryant, W. (2013). Peer support in adult mental health services: A metasynthesis of qualitative findings. Psychiatric Rehabilitation Journal, 36(1), 28–34.
Les trois conséquences du manque de clarté de rôle
Le document identifie trois phénomènes problématiques découlant du manque de clarté de rôle (page 29, Chapitre 2):
1 La confusion de rôle (role confusion)
- La confusion de rôle survient quand il n’y a pas de compréhension claire ni de communication au sujet du rôle du pair. Elle peut se manifester de plusieurs manières (page 29, Chapitre 2) :
- Le superviseur peut encore voir le pair comme un client du programme plutôt qu’un collègue, ou le traiter comme du personnel administratif ou de soutien plutôt que comme un membre de l’équipe. Aucune réf. spécifique.
- Les rôles des pairs chevauchent ceux d’autres professionnels non-pairs, ce qui peut créer de la confusion chez les pairs eux-mêmes et chez le reste du personnel (page 29, Chapitre 2)
Réf. 206 : Crane, D., Lepicki, T., & Knudsen, K. (2016). Unique and common elements of the role of peer support in the context of traditional mental health services. Psychiatric Rehabilitation Journal, 39(3), 282–288.
Dans un sondage de superviseurs de pairs en santé comportementale, 20 % des répondants sans expérience comme pair ont dit avoir besoin de clarté sur les rôles des pairs, sur la différence entre leur rôle et celui des autres membres du personnel, et sur la manière dont la supervision des pairs devrait différer de celle des supervisés cliniques (page 29, Chapitre 2)
Réf. 207 : Foglesong, D., Spagnolo, A. B., Cronise, R., Forbes, J., Swarbrick, P., Edwards, J. P., & Pratt, C. (2021). Perceptions of supervisors of peer support workers (PSW) in behavioral health: Results from a national survey. Community Mental Health Journal. Advance online publication. doi:10.1007/s10597-021-00837-2
Par conséquent, les pairs peuvent être perçus comme un complément à l’équipe plutôt que comme un membre essentiel de l’équipe (page 29, Chapitre 2).
La confusion de rôle peut amener les pairs à accomplir des tâches pour lesquelles ils n’ont pas été formés ou qui sont inappropriées pour leur poste (page 29, Chapitre 2)
Réf. 208 : Jack, H. E., Oller, D., Kelly, J., Magidson, J. F., & Wakeman, S. E. (2017). Addressing substance use disorder in primary care: The role, integration, and impact of recovery coaches. Substance Abuse, 39(3), 307–314.
Réf. 209 : Pantridge, C. E., Charles, V. A., DeHart, D. D., Iachini, A. L., Seay, K. D., Clone, S., & Browne, T. (2016). A qualitative study of the role of peer support specialists in substance use disorder treatment: Examining the types of support provided. Alcoholism Treatment Quarterly, 34(3), 337–353.
Dans un sondage de pairs dans des milieux de traitement intégré santé mentale/TUS, les pairs rapportent avoir été invités à effectuer des tâches inappropriées, comme nourrir le chat d’une personne ou mener une évaluation clinique formelle (page 29, Chapitre 2)
Réf. 210 : Almeida, M., Day, A., Smith, B., Bianco, C., & Fortuna, K. (2020). Actionable items to address challenges incorporating peer support specialists within an integrated mental health and substance use disorder system: Co-designed qualitative study. Journal of Participatory Medicine, 12(4), e17053.
Dans des entrevues avec des pairs en milieu hospitalier, les chercheurs ont constaté que les médecins demandaient souvent aux pairs de voir des patients qui étaient activement suicidaires ou au milieu d’épisodes psychotiques. Un pair a rapporté que les médecins traitaient les pairs comme une « baguette magique de sobriété » (page 133, Chapitre 5)
Réf. 577 : Jack, H. E., Oller, D., Kelly, J., Magidson, J. F., & Wakeman, S. E. (2017). Addressing substance use disorder in primary care: The role, integration, and impact of recovery coaches (p. 321). Substance Abuse, 39(3), 307–314.
Dans une étude représentative, les pairs et leurs superviseurs ont exprimé de la frustration face au manque de définition formelle du rôle de pair. Certains superviseurs rapportaient ne pas savoir quelle formation les pairs avaient reçue et quel travail ils pouvaient faire (page 133, Chapitre 5)
Réf. 576 : Cabral, L., Strother, H., Muhr, K., Sefton, L., & Savageau, J. (2014). Clarifying the role of the mental health peer specialist in Massachusetts, USA: Insights from peer specialists, supervisors, and clients. Health and Social Care in the Community, 22(1), 104–112.
1a. Confusions spécifiques avec d’autres rôles
Le rôle du pair peut être confondu avec celui du parrain 12 étapes ou du conseiller en dépendances. Bien que les pairs et les parrains soient tous deux des « pairs » pour les personnes en rétablissement, les pairs fournissent des services (plaidoyer, navigation vers les ressources) qui diffèrent du rôle de parrain. Contrairement aux parrains, les pairs ne mentorent pas les personnes dans des voies spécifiques ; ils soutiennent toutes les voies de rétablissement. Contrairement aux conseillers ou thérapeutes, les pairs ne font pas de travail clinique (évaluation, diagnostic). Les pairs ne devraient pas désigner leurs activités comme du « counseling » ou de la « thérapie » (page 30, Chapitre 2)
Réf. 211 : White, W. L. (2010). Nonclinical addiction recovery support services: History, rationale, models, potentials, and pitfalls. Alcoholism Treatment Quarterly, 28(3), 256–272.
Réf. 212 : White, W. (2006). Sponsor, recovery coach, addiction counselor: The importance of role clarity and role integrity. Philadelphia Department of Behavioral Health and Mental Retardation Services.
La confusion de rôle peut créer un conflit inutile avec les cliniciens qui sentent que les pairs empiètent sur leur rôle et leurs fonctions (page 30, Chapitre 2). Aucune réf. spécifique.
Le document fournit un tableau détaillé (Exhibit 3.4) permettant de reconnaître quand un pair sort de son rôle, avec des signes d’alerte pour quatre rôles pouvant être confondus : parrain de groupe d’entraide, conseiller, prestataire médical, guide religieux/spirituel (pages 57-58, Chapitre 3)
Réf. 337 : White, W., the PRO-ACT Ethics Workgroup, with legal discussion by Popovits, R., & Donohue, B. (2007). Ethical guidelines for the delivery of peer-based recovery support services. Philadelphia Department of Behavioral Health and Mental Retardation Services.
Réf. 338 : Valentine, P. (2014, May). Understanding the role of peer recovery coaches in the addiction profession. [Webinar PowerPoint]. https://www.naadac.org/assets/2416/2014-05-01_understanding_role_peer_recovery_coaches_webinarslides.pdf
2 La dérive de rôle (role drift)
La dérive de rôle survient quand un pair prend en charge ou se voit confier des responsabilités qui sortent du champ de pratique de son poste (page 134, Chapitre 5)
Réf. 581 : Philadelphia Department of Behavioral Health and Intellectual disAbility Services & Achara Consulting Inc. (2017). Peer support toolkit. https://dbhids.org/wp-content/uploads/1970/01/PCCI_Peer-Support-Toolkit.pdf
La dérive de rôle peut résulter de la confusion de rôle (page 29, Chapitre 2).
Aucune réf. spécifique.
La dérive de rôle prend deux formes principales (page 134, Chapitre 5) :
- Dérive « vers le haut » (vers des tâches cliniques) : quand les pairs tentent d’assumer des tâches cliniques ou utilisent un langage trop technique, ils risquent de s’éloigner de leur rôle de pair (donner des conseils sur les médicaments, par exemple). Ils peuvent alors perdre le contact avec les personnes en rétablissement ou ne plus se rapporter à elles aussi efficacement. De plus, ils peuvent fournir des services hors de leur champ de compétence, créant des problèmes de responsabilité et violant les règles d’éthique.
- Dérive « vers le bas » (vers des relations personnelles) : quand les pairs interagissent avec les personnes en rétablissement davantage comme des amis ou des parrains que comme des membres d’équipes de soins. Ce type de dérive peut devenir un problème particulier pour les pairs auparavant traités dans le même programme où ils fournissent maintenant des SSP (page 134, Chapitre 5).
Les superviseurs doivent encourager les pairs à « rester dans leur voie » (stay in their lane) pour les empêcher de dériver vers le rôle d’ami, de parrain, de conseiller ou de prestataire de soins (page 134, Chapitre 5)
Réf. 582 : White, W. (2006). Sponsor, recovery coach, addiction counselor: The importance of role clarity and role integrity. Philadelphia Department of Behavioral Health and Mental Retardation Services.
La dérive de rôle peut aussi être imposée de l’extérieur : d’autres membres du personnel demandent aux pairs d’accomplir des tâches administratives ou de soutien qui n’impliquent pas de travailler avec les personnes en rétablissement, comme aller chercher du café pour les collègues ou faire des photocopies pour la facturation (page 136, Chapitre 5).
Aucune réf. spécifique.
Les superviseurs peuvent aussi être dans certains milieux confrontés au fait que les pairs sont utilisés comme mécanismes de réduction des coûts pour remplacer la main-d’œuvre en services sociaux et combler des lacunes systémiques (page 135, Chapitre 5).
Aucune réf. spécifique.
3 La tension de rôle (role strain)
La tension de rôle désigne le stress ou la tension qu’un pair peut vivre dans son rôle. Elle résulte souvent de la confusion de rôle, de la dérive de rôle, ou des deux. Elle peut aussi résulter de la stigmatisation et de la discrimination vécues dans le rôle ou du fait de ne pas établir de frontières claires. Avec le temps, la tension de rôle peut contribuer à des difficultés d’équilibre travail-vie personnelle (page 29, Chapitre 2).
Aucune réf. spécifique.
La tension de rôle est définie comme « toute tension physique ou psychologique vécue par un individu qui a besoin de capacités ou de ressources plus grandes que celles qui sont disponibles pour remplir le rôle » (page 136, Chapitre 5)
Réf. 584 : Sun, L., Gao, Y., Yang, J., Zang, X. Y., & Wang, Y. G. (2016). The impact of professional identity on role stress in nursing students: A cross-sectional study (p. 2). International Journal of Nursing Studies, 63, 1–8.
Exemples concrets de tension de rôle (pages 136-137, Chapitre 5) :
- Les pairs peuvent avoir trop de responsabilités ou une charge de travail trop élevée qui nuit à leur capacité de fournir des SSP efficacement
- Ils peuvent être le seul pair dans l’organisation, limitant leur capacité à obtenir du soutien
- En remplissant leurs responsabilités, en plaidant pour les personnes en rétablissement ou en fournissant des soins orientés vers le rétablissement, les pairs peuvent faire face à des conflits avec d’autres membres du personnel qui ne connaissent pas les SSP
Réf. 585 : Phillips, K. (2018). Supervising peer staff roles: Literature review and focus group results. Canadian Mental Health Association, Centre for Excellence in Peer Support.
Réf. 586 : Phillips, K., Harrison, J., & Jabalee, C. (2019). Supervising peer workers: A toolkit for implementing and supporting successful peer staff roles in mainstream mental health and addiction organizations. Canadian Mental Health Association, Centre for Excellence in Peer Support.
Conséquences de la tension de rôle (page 137, Chapitre 5) :
- Le pair commence à croire que c’est trop d’effort de poursuivre ses propres activités de rétablissement parce qu’il n’a pas assez d’énergie après le travail
- Il peut ressentir le besoin de travailler au-delà de ses heures au détriment d’autres engagements personnels
- Il peut exprimer la préoccupation que si lui ne prend pas la responsabilité, personne ne le fera
- Le pair peut adopter une posture « eux contre nous » envers le reste du personnel, ou assumer des responsabilités hors de sa description de poste pour se sentir partie prenante de l’agence
- Il peut commencer à utiliser un langage clinique et s’éloigner des principes orientés vers le rétablissement pour augmenter son lien avec le personnel clinique
Source(s) principale(s)
SAMHSA, « Incorporating Peer Support Into Substance Use Disorder Treatment Services (TIP 64) », Substance Abuse and Mental Health Services Administration, 2023. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK596262/.
Recension du GT pair-aidance en addictions
Cette fiche complète un guide de synthèse sur la pair-aidance en addictions réalisé dans le cadre du projet Hôpital et Addictions.
Elle fait partie d’un cahier de ressources thématiques, téléchargeable au format PDF.
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